Un livreur à vélo qui enchaîne les courses pendant le rush du soir affiche parfois un chiffre d’affaires flatteur sur son écran. Mais entre ce montant brut et ce qui arrive réellement sur son compte bancaire, l’écart est souvent brutal. Comprendre ce que gagne réellement un livreur de plateforme suppose de décomposer chaque étape, de la course facturée au revenu net disponible.
Temps payé contre temps connecté : pourquoi l’écart compte autant
Les plateformes comme Uber Eats ou Deliveroo calculent le revenu horaire uniquement sur le temps d’activité entre l’acceptation d’une course et la livraison. L’attente devant un restaurant, le retour à vide, les longues minutes connecté sans aucune commande : rien de tout cela n’entre dans le calcul affiché.
Vous restez disponible deux heures, mais seules 50 minutes donnent lieu à des courses facturées. Le revenu ramené à ces 50 minutes paraît correct. Rapporté aux deux heures réellement passées sur le terrain, il baisse considérablement.
Pour savoir ce que gagne réellement un livreur de plateforme, il faut raisonner sur le temps total mobilisé, pas sur la fraction facturée par l’application.

Comment se construit le montant brut d’une course
Sur Uber Eats, la rémunération d’une livraison empile plusieurs briques. Le livreur touche une part fixe au moment de récupérer la commande, un tarif kilométrique qui varie selon la ville, et un complément versé à la remise au client.
La part fixe seule s’élève à 5,65 euros, à laquelle s’ajoute le tarif kilométrique. Les majorations en heures de pointe (midi, soir) ou par mauvais temps viennent ponctuellement gonfler le total perçu.
Des écarts notables d’une plateforme à l’autre
Deliveroo ou des acteurs plus modestes comme Delicity maintiennent une pression forte sur les tarifs par course. La localisation joue aussi beaucoup : à Paris, le volume de commandes est plus dense et le barème kilométrique légèrement plus favorable.
Dans une ville moyenne, les intervalles entre deux courses s’allongent. Le revenu horaire réel s’en trouve réduit mécaniquement.
Les charges que le livreur assume seul après le chiffre d’affaires brut
Le montant brut affiché n’est pas un salaire. Inscrit en micro-entreprise, le livreur prend en charge toutes ses dépenses professionnelles sans contribution de la plateforme.
- Les cotisations URSSAF représentent environ un quart du chiffre d’affaires pour un micro-entrepreneur dans le secteur du transport
- Carburant ou recharge électrique pour un vélo à assistance, entretien du véhicule, remplacement des pièces d’usure (pneus, freins, batterie) : un poste mensuel qui pèse
- L’assurance responsabilité civile professionnelle, obligatoire pour exercer, dont le coût dépend du type de véhicule
- Le matériel de travail (sac isotherme, support téléphone, forfait mobile avec données) reste intégralement à la charge du livreur
Une fois ces frais retirés, le revenu net horaire réel se situe très en dessous du chiffre d’affaires brut que les plateformes mettent en avant.
Minimum horaire en septembre 2026 : qu’est-ce que ça change concrètement
Un accord sectoriel prévoit de porter le plancher de rémunération à 19 euros brut par heure d’activité à compter du 1er septembre 2026, contre 11,75 euros jusque-là. Les pourboires sont exclus de ce calcul et ne peuvent plus servir à atteindre le seuil.
La hausse paraît forte. Le hic : ce minimum se calcule toujours sur le temps d’activité facturé, pas sur le temps de connexion global. Un livreur qui passe la moitié de ses heures à attendre entre deux courses ne bénéficie de ce plancher que sur la portion réellement facturée.
Vers une remise en question du statut
La directive européenne sur les travailleurs de plateformes ouvre un débat plus large. La question porte sur une éventuelle requalification en salariés, ce qui transformerait en profondeur la structure de rémunération. À ce jour, la très grande majorité des livreurs en France exercent sous le régime de la micro-entreprise.

Simulation concrète : combien reste-t-il à un livreur à temps plein
Prenons un livreur actif 35 heures par semaine en zone urbaine. Une part significative de ce temps connecté ne correspond pas à de l’activité facturée : le reste se répartit entre attente, trajets retour et périodes sans commande.
Son chiffre d’affaires mensuel brut fluctue selon la ville, les créneaux choisis et la saison. Après retrait des cotisations URSSAF, des frais de véhicule et du matériel, le revenu net mensuel tombe souvent sous le SMIC pour un volume horaire comparable à un temps plein salarié.
La flexibilité des horaires, l’absence de hiérarchie directe et la possibilité de cumuler plusieurs plateformes expliquent que l’activité attire des profils variés (étudiants, personnes en reconversion, compléments de revenus). La distinction à garder en tête reste celle entre le chiffre d’affaires brut par heure, affiché sur l’application, et un salaire net comparable à celui d’un emploi classique.

