Aucun mode d’emploi n’existe pour quitter un emploi sans heurts, pourtant la rupture conventionnelle s’est imposée comme une pratique largement répandue dans les entreprises françaises. Aujourd’hui, elle redessine les contours du dialogue social et offre une alternative à la démission ou au licenciement, à condition de bien en maîtriser les codes. Voici tout ce qu’il faut savoir pour en comprendre le fonctionnement et éviter les écueils.
Table des matières
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- Pourquoi faire une lettre de rupture conventionnelle ?
- Pour l’employé
- Pour l’employeur
- Que doit contenir une lettre de rupture conventionnelle ?
- Modèle de lettre de rupture conventionnelle : formulaire Cerfa
- Comment envoyer la lettre ?
- Comment se passe la procédure de rupture conventionnelle ?
- Comment se déroulent les négociations ?
- Qui peut participer aux négociations ?
- Que contient la convention de rupture ?
- Quel est le montant de l’indemnité de rupture conventionnelle ?
- Comment calculer l’indemnité de rupture conventionnelle ?
- Négociation du montant de l’indemnité de rupture conventionnelle : la procédure en détail
- L’indemnité de rupture conventionnelle est-elle imposable ?
- La rupture conventionnelle s’applique-t-elle dans la fonction publique ?
- Quels sont les délais à respecter pour la rupture conventionnelle ?
- Préavis et rupture conventionnelle
- En chiffres : rupture conventionnelle
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Mettre fin à un CDI ne se résume plus à un bras de fer : employeur et salarié peuvent aujourd’hui acter une séparation à l’amiable, encadrée par une procédure pensée pour préserver les intérêts de chacun. Pour lancer ce processus, il suffit d’exprimer sa volonté par écrit, via un courrier spécifique qui n’est ni une démission ni un licenciement. Faire appel à un avocat en droit du travail peut aider à mieux cerner droits et devoirs dans cette démarche. Alors, que doit contenir ce courrier ? Quelles sont les étapes à suivre après la remise de la lettre ? Décryptage.
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Pourquoi faire une lettre de rupture conventionnelle ?
La rupture conventionnelle séduit autant les employeurs que les salariés. En dix ans, leur nombre a littéralement doublé, passant de 222 000 en 2009 à 437 000 en 2018, selon le ministère du Travail. Cette progression ne doit rien au hasard : la procédure cumule les atouts de part et d’autre.

Pour l’employé
Pour le salarié, les raisons de demander une rupture conventionnelle sont multiples : envie d’un nouveau projet, difficultés relationnelles, santé, âge, ou simple lassitude. Contrairement à la démission, le salarié sous CDI est libéré de toute obligation de préavis. L’enjeu financier n’est pas négligeable : la rupture conventionnelle donne droit à une indemnité plus favorable que l’indemnité légale de licenciement, et surtout, elle ouvre la porte aux allocations chômage. Résultat : le salarié repart avec un soutien financier et la possibilité de rebondir rapidement.
Pour l’employeur
Côté employeur, le recours à la rupture conventionnelle, individuelle ou collective, présente un cadre juridique rassurant. Les litiges prud’homaux et les risques de sanctions pour licenciement irrégulier sont écartés, à condition que tout soit fait dans les règles.
À savoir
Seuls les CDI peuvent donner lieu à une rupture conventionnelle. Pour les CDD, il existe bien une possibilité de rupture d’un commun accord, mais cela relève d’un autre dispositif. Il faut donc bien distinguer ces deux voies, la première étant régie par les articles 1237-11 à 1237-16 du Code du travail.
Que doit contenir une lettre de rupture conventionnelle ?

Avant d’engager la procédure, il faut adresser une lettre de demande de rupture conventionnelle. Ce courrier doit mentionner :
- Le motif de la demande : sollicitation d’une rupture conventionnelle ;
- L’identité du salarié ;
- Le poste occupé et la nature du contrat (CDI) ;
- La date d’envoi de la lettre ;
- Les raisons (facultatives) et la proposition de rupture dans le cadre légal en vigueur ;
- Une proposition de rendez-vous pour discuter des modalités et amorcer les négociations (notamment sur l’indemnité).
Modèle de lettre de rupture conventionnelle : formulaire Cerfa
Sur le site des autorités compétentes, employeurs et salariés peuvent télécharger le formulaire Cerfa officiel. Ce formulaire simplifie les démarches, mais il ne s’applique qu’aux CDI.
Comment envoyer la lettre ?
Le courrier se transmet en recommandé avec accusé de réception, ou bien est remis en main propre contre signature. Le salarié doit l’adresser à l’employeur, ou à la personne responsable selon la structure de l’entreprise.
À noter :
La procédure de rupture conventionnelle peut aussi débuter lors d’un simple entretien, sans lettre formelle. Toutefois, il reste recommandé de formaliser la demande par écrit pour clarifier les intentions et garder une trace.
Comment se passe la procédure de rupture conventionnelle ?

La première étape consiste à faire la demande par écrit, puis à organiser un ou plusieurs entretiens dans le mois qui suit la réception de la lettre. Ces échanges servent à discuter de la séparation, à négocier l’indemnité et à s’assurer du consentement mutuel. Le salarié peut se faire accompagner, par exemple par un représentant syndical.
Une fois l’accord trouvé, un document actant la rupture conventionnelle est signé par les deux parties. Ce document doit comporter :
- Le montant de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle ;
- La date de fin du contrat.
Comment se déroulent les négociations ?
Le salarié a la latitude de discuter l’indemnité proposée. Cette somme ne peut jamais être inférieure à l’indemnité légale de licenciement. Le montant est calculé en tenant compte de l’ancienneté, de la qualification, du salaire et parfois de la taille de l’entreprise. La négociation, souvent déterminante, peut nécessiter de l’aide ou des conseils extérieurs.
Qui peut participer aux négociations ?
Lors des entretiens, le salarié peut se faire accompagner par :
- Un collègue de l’entreprise ;
- Un représentant syndical ;
- Un membre du CSE ou un délégué du personnel ;
- Un conseiller inscrit sur la liste des représentants départementaux, si aucun des précédents n’est disponible.
Le salarié doit informer l’employeur à l’avance s’il souhaite être assisté. L’employeur peut également être accompagné, sous conditions.
Précision :
Ni l’employeur ni le salarié ne peuvent être représentés par un avocat ou une personne extérieure à l’entreprise lors de l’entretien préalable.
Que contient la convention de rupture ?
L’accord de rupture reprend dans un formulaire Cerfa les modalités de la séparation. On y trouve :
- Le numéro SIRET de l’entreprise ;
- L’identité et les coordonnées du salarié ;
- La qualification ;
- La rémunération ;
- Le montant de l’indemnité spécifique, qui ne peut être inférieure à l’indemnité légale ;
- La date de l’entretien préalable ;
- La date effective de rupture du contrat, au plus tôt le lendemain de l’homologation par l’administration.
Les deux parties doivent conserver chacune un exemplaire de la convention, sous peine de nullité de la procédure. Depuis 2018, la copie destinée au salarié doit lui être remise immédiatement, pour garantir sa liberté de consentement.
Le contrat de travail reste valide pendant toute la procédure, jusqu’à la date fixée de rupture. Sauf accord contraire, il se poursuit normalement pendant cette phase.
Quel est le montant de l’indemnité de rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle s’accompagne d’une indemnité dont le minimum est fixé par la loi, en fonction du salaire et de l’ancienneté. Depuis la réforme de 2017, cette indemnité est due dès le premier mois d’ancienneté. Elle ne peut jamais être inférieure à l’indemnité légale de licenciement.
Comment calculer l’indemnité conventionnelle ?
Voici les règles de calcul selon la date de signature :
Pour une rupture conventionnelle signée avant le 24 septembre 2017 :
- 1/5 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les dix premières années ;
- À partir de la onzième année, 1/5 de mois de salaire par an, auxquels s’ajoutent 2/15 de mois par année supplémentaire.
Après le 24 septembre 2017 :
- Un quart de mois de salaire par année d’ancienneté pour les dix premières années ;
- Un tiers de mois de salaire par an à compter de la onzième année.
L’assiette de calcul est le salaire moyen, appelé salaire de référence. L’ancienneté est appréciée à la date de fin du contrat. Pour une année incomplète, le calcul est fait au prorata des mois accomplis.
Négociation du montant de l’indemnité : mode d’emploi
Le salarié peut négocier une indemnité supérieure au minimum légal ou conventionnel. L’issue dépend du statut, du niveau de rémunération et de la taille de l’entreprise. Les cadres obtiennent souvent des montants plus élevés, à condition de bien défendre leur dossier lors des discussions.
L’indemnité de rupture conventionnelle est-elle imposable ?
L’indemnité de rupture conventionnelle échappe aux cotisations sociales sous certaines conditions, notamment si le salarié ne touche pas de pension de retraite. L’exonération porte sur la fraction la plus élevée parmi :
- Le double du salaire annuel brut de l’année précédente ;
- La moitié du montant de l’indemnité si ce montant est inférieur au seuil ;
- Le montant fixé par la convention collective ou par la loi.
Attention toutefois : au-delà de 411 360 €, l’indemnité est soumise à cotisations. Si elle dépasse le minimum légal, la partie excédentaire peut également être assujettie à certaines contributions.
La rupture conventionnelle est-elle possible dans la fonction publique ?

Le décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019 a introduit la rupture conventionnelle dans la fonction publique de manière expérimentale, de janvier 2020 à fin 2025. Elle s’applique à la plupart des agents, sauf :
- Ceux en période de stage (hors période d’essai terminée) ;
- Les fonctionnaires pouvant prétendre à une pension de retraite ;
- Le personnel relevant de certains régimes spéciaux ;
- Les agents détachés sur contrat.
Attention
Le contrat de rupture conventionnelle dans la fonction publique doit se conformer au modèle défini par le décret du 6 février 2020 cité dans le décret n° 2019-1593.
Quels sont les délais pour la rupture conventionnelle ?
La demande d’homologation de la rupture conventionnelle doit être adressée à la Direccte (ou DREETS) après un délai de rétractation de 15 jours calendaires suivant la signature. L’administration dispose ensuite de 15 jours ouvrables pour instruire la demande et vérifier sa régularité.
Bon à savoir :
La Direccte peut valider ou refuser la demande. En cas de refus, un recours administratif est possible dans les 15 jours ouvrables. En 2018, la Direccte homologuait en moyenne 36 500 ruptures conventionnelles chaque mois, preuve de l’engouement pour ce dispositif.
Préavis et rupture conventionnelle
Dans le cadre d’une rupture conventionnelle, il n’existe pas de préavis obligatoire, à la différence d’une démission ou d’un licenciement. La date de départ est fixée d’un commun accord entre les parties, puis confirmée dans la convention signée et homologuée.
Opter pour la rupture conventionnelle, c’est souvent choisir la voie la plus fluide pour mettre fin à une collaboration. Rapidité, absence de contentieux, indemnisation et accès à l’assurance-chômage : les arguments ne manquent pas. Mais il ne faut pas négliger certains points de vigilance, notamment le respect des délais légaux, qui peuvent parfois être source de frustration pour un salarié pressé de tourner la page.
La rupture conventionnelle en quelques chiffres
Lancée en 2008, la rupture conventionnelle a rapidement trouvé sa place dans le paysage du droit du travail. Depuis la réforme Macron, le recours à ce dispositif s’est intensifié : 437 000 ruptures conventionnelles homologuées en 2018, soit près de 36 000 par mois selon Dares.
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Les avantages et inconvénients de la rupture conventionnelle pour l’employeur et le salarié
La rupture conventionnelle, c’est la possibilité pour les deux parties de tourner la page sans conflit ouvert. Pour l’employeur, elle offre la perspective d’une séparation sans passer par une procédure disciplinaire ou judiciaire, avec un gain de temps et une réduction du risque de contentieux devant les prud’hommes.
Pour le salarié, la rupture conventionnelle présente des atouts indéniables : une indemnité souvent supérieure à celle d’un licenciement, l’accès aux allocations chômage, et le maintien de la protection sociale durant une période transitoire.
Cependant, tout n’est pas rose. Pour l’employeur, accorder une rupture conventionnelle implique de verser une indemnité parfois conséquente, ce qui peut peser sur les finances de l’entreprise.
Le salarié, quant à lui, doit s’assurer que ce choix correspond bien à ses intérêts. Accepter une rupture conventionnelle, c’est aussi renoncer à toute contestation ultérieure. Si la proposition venait à être refusée, le rapport avec l’employeur pourrait vite se tendre, et il n’est pas rare que cela débouche sur une procédure moins avantageuse.
La rupture conventionnelle offre donc une sortie négociée, mais elle ne doit jamais se décider à la légère. Prendre le temps de la réflexion et vérifier que ses droits sont respectés reste indispensable.
Comment négocier une rupture conventionnelle avec son employeur
Vous envisagez une séparation à l’amiable ? Préparer le terrain est primordial. Avant d’aborder le sujet, bâtissez un dossier solide : exposez clairement les raisons de votre départ et ce que vous attendez en échange. Il peut s’agir d’une indemnité supérieure au minimum légal ou de garanties sociales spécifiques.
Veillez à bien maîtriser le cadre légal : la procédure est strictement encadrée par le Code du travail (ancienneté, accord des deux parties, respect du délai de rétractation…). Un point à vérifier pour éviter tout litige.
Ne vous focalisez pas uniquement sur le montant de l’indemnité. Les aspects sociaux, tels que l’accès à la formation, la portabilité de la mutuelle ou des garanties sur la date de départ, peuvent aussi entrer dans la discussion.
La négociation suppose des concessions. Montrez-vous ouvert tout en restant ferme sur vos exigences prioritaires.
Un entretien réussi repose sur la diplomatie et le professionnalisme. Restez courtois et objectif, car le but est de parvenir à un accord équilibré.
Une fois l’accord trouvé, la signature de la convention officialise la rupture conventionnelle. Ce document doit détailler tous les points négociés, y compris l’indemnité et la date de départ.
Préparer, négocier, formaliser : la clé d’une rupture conventionnelle réussie tient à l’anticipation et à la clarté des échanges. Défendre ses intérêts tout en cherchant un compromis reste l’approche la plus efficace.
Les conséquences de la rupture conventionnelle sur l’indemnisation chômage
Il est indispensable d’anticiper l’impact de la rupture conventionnelle sur vos droits au chômage. Contrairement à une démission, ce mode de séparation ouvre l’accès aux allocations, sous réserve de remplir les conditions d’éligibilité.
La rupture conventionnelle n’est pas assimilée à un licenciement, mais elle donne droit aux indemnités chômage dans les mêmes conditions. Le montant versé dépendra de votre salaire antérieur et du nombre d’heures travaillées au cours des 12 derniers mois.
Pour prétendre aux allocations chômage après une rupture conventionnelle, il faut notamment justifier d’une durée minimale d’affiliation (au moins 4 mois) et ne pas avoir quitté l’entreprise pour faute grave ou démission volontaire.
Pôle Emploi contrôle systématiquement la réalité de l’accord de rupture, afin d’éviter tout abus. Ce contrôle vise à s’assurer que la séparation a bien fait l’objet d’un consentement mutuel, sans pression.
Attention : le montant de l’indemnité chômage peut être réduit si vous lancez une activité indépendante immédiatement ou si l’indemnité de rupture dépasse le minimum légal. Quelques règles spécifiques s’appliquent dans ces cas particuliers, il est donc conseillé de les vérifier avant de signer.
En résumé, la rupture conventionnelle ouvre droit à l’assurance chômage, à condition de respecter tous les critères fixés par la loi. Une préparation rigoureuse évite les mauvaises surprises au moment de la demande d’allocations.
Les alternatives à la rupture conventionnelle en cas de conflit avec l’employeur
En cas de désaccord profond avec l’employeur, la rupture conventionnelle n’est pas toujours envisageable. D’autres solutions existent pour sortir d’une impasse.
La médiation constitue une première piste. Un médiateur, tiers neutre, aide les parties à renouer le dialogue et à trouver elles-mêmes une solution au litige.
Si le conflit persiste, il est aussi possible d’impliquer le comité social et économique (CSE) ou de saisir le conseil de prud’hommes. Ces démarches, plus formelles, permettent de faire valoir ses droits lorsque la négociation à l’amiable ne suffit plus.
Avant de choisir la voie judiciaire, il est souvent préférable d’épuiser les solutions de conciliation. La rupture conventionnelle reste un outil de dialogue, mais chaque situation appelle une réponse sur mesure.
En définitive, si la rupture conventionnelle ne trouve pas sa place dans le contexte d’un conflit, d’autres alternatives s’offrent à vous. Médiation, intervention du CSE ou recours aux prud’hommes : autant de leviers pour sortir d’une situation bloquée, sans perdre de vue l’objectif d’une transition la plus apaisée possible.

